COMMENT REUSSIR SA THESE ? (3 étapes)

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Ce colloque s’est tenu le jeudi 25 novembre 2021 et était organisé par le Centre de recherches francophone en économie et gestion (CREFEGE) ainsi que par l’agence universitaire de la francophonie (AUF). Les actes de ce colloque seront publiés très prochainement par les comités d’organisation.

Réussir sa thèse, vaste programme ! Réussir sa thèse, ce n’est pas seulement achever sa thèse. C’est aussi réussir à la soutenir, c’est rendre un travail de qualité qui sera validé à l’issue de la soutenance, c’est être en mesure de la terminer dans les délais impartis, mais c’est aussi avoir une expérience de recherche qui soit porteuse pour la suite de votre carrière. Réussir sa thèse, c’est sentir qu’on avance en dépit des doutes et de l’incertitude omniprésents, c’est voir clair dans sa thèse et organiser ses réflexions, c’est conduire des expériences, communiquer, analyser des résultats et synthétiser des données préalablement collectées.

Réussir sa thèse, c’est une histoire d’équilibre entre réussite personnelle et réussite professionnelle. Alors, comment allier cette somme de paramètres pour mettre en œuvre sa réussite en thèse et en devenir l’acteur ? Pour le comprendre, il faut distinguer ce qui relève du domaine de recherche dans lequel la thèse s’inscrit, ce qui concerne l’élaboration de la thèse en elle-même, et ce qui est relatif au chercheur qui conduit la thèse.

I. Définir et délimiter son sujet pendant la conduite des recherches

1. Rester maître de son sujet

Réussir sa thèse, c’est d’abord faire une thèse qui sera porteuse. C’est faire une thèse qui vous permettra une poursuite de carrière dans votre domaine de recherche. Il faut donc penser votre sujet en ces termes et tenir ce cap tout au long des années doctorales : votre sujet d’étude va évoluer en fonction des résultats que vous aurez, et la difficulté est de toujours garder en tête les enjeux de votre projet doctoral.

En première année, vous avez en tête des hypothèses qui peuvent s’avérer erronées par la suite. Par exemple, lorsque je préparais mon projet doctoral en histoire de l’art avec mon directeur de thèse, nous étions partis d’une question : pourquoi les artistes anglais ne sont pas venus s’installer en France au début du 20ème siècle, alors que les artistes du monde entier ont afflué par centaines : Picasso, Modigliani, Dali, Chagall ou Brancusi, tous ces artistes qui venaient de l’étranger ont laissé une empreinte durable sur le développement de l’art français et européen. Mais nous ne connaissions pas d’artiste anglais d’envergure et nous voulions comprendre pourquoi les Anglais n’étaient pas venus se mêler à la scène artistique parisienne.

Après quelques semaines de recherche, j’avais un fichier Excel contenant plusieurs centaines de noms d’artistes anglais qui étaient venus exposer et vivre en France à cette période. Nos hypothèses de départ étaient donc erronées, les Anglais étaient bien présents, les questions devaient être reformulées et mon projet doctoral était complètement remis en question dès les premiers mois de la recherche. J’ai dû repenser mon sujet, et il est probable que vous ayez à en faire autant au cours de vos années de thèse.

Les lignes des sujets de thèses bougent de façon conséquente en fonction des résultats, et les jeunes chercheurs peuvent avoir tendance à se laisser guider par ces résultats en oubliant en cours de route les enjeux qui sont ceux du projet doctoral.

Ces enjeux ont en leur cœur l’idée centrale que la recherche doit se tenir sur les lignes du programme de laboratoire. Le sujet de la thèse doit être porteur pour une poursuite de carrière dans un domaine donné. Il faut, en dépit des résultats, toujours penser à la façon dont votre travail vous permettra d’évoluer par la suite. La thèse ne doit pas seulement vous permettre d’obtenir votre doctorat, elle doit aussi vous ouvrir des portes dans les équipes de recherche ou dans les entreprises, dans votre projet post-doctoral. Le doctorat en lui-même n’en fera rien ou si peu, et ce sont vos travaux de thèse qui seront au fondement de votre avenir professionnel.

N’ayez donc pas peur de redéfinir votre sujet et de le porter le plus loin possible. Réussir sa thèse, c’est avoir à l’issue du doctorat une thèse qui sera à la fois le point de départ et le socle de votre poursuite de carrière – qu’elle soit académique ou non. Demandez-vous toujours où ces recherches vous conduisent. Cette capacité vous permettra d’ancrer votre recherche et de ne pas perdre le fil au cours des années doctorales.

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2. Avoir une vision long terme

Une difficulté majeure à laquelle sont confrontés les doctorants, c’est l’absence de vision long terme. Pendant la thèse, vous allez apprendre de nouvelles choses sur votre domaine de recherche, et vos résultats vont vous porter sans arrêt d’un point à un autre du terrain de votre recherche. Après quelques mois, les certitudes que vous aviez au démarrage peuvent être ébranlées, et il est courant dans ce cas d’avoir le sentiment de ne plus rien savoir, d’être perdu dans un territoire trop vaste et de perdre de vue la direction dans laquelle on va.

C’est là, que vous serez vraiment en train de faire de la recherche. C’est lorsque vous dépasserez le stade de l’assimilation des sources et des connaissances préexistantes, pour vous aventurer dans l’inconnu des nouvelles hypothèses, et que vous seul devrez transformer en réponse organisée à la problématique posée. Cette phase va requérir d’avoir une vision long terme, c’est-à-dire la capacité à porter le regard au-delà de l’inconnu et d’avoir en tête ce que votre recherche peut apporter au domaine en question. C’est ce qui vous permettra de rester sur la ligne sans perdre de vue votre direction.

Votre but, pendant la thèse, c’est de ne pas perdre pied dans ces différentes phases d’incertitude. Ne suivez pas votre sujet en terre inconnue. Votre rôle n’est pas de le suivre mais de le guider pour le conduire vers la sortie, jusqu’à son point d’aboutissement. Vous avez la carte, il vous faut définir le chemin et tracer un itinéraire pendant la conduite des recherches. C’est un apprentissage, et le rôle de votre directeur de thèse sera de vous aider à maintenir le cap que vous avez fixé. Lorsque vous aurez posé votre problématique – et c’est en terre inconnue que cette dernière apparaîtra sans doute le plus clairement – vous pourrez définir votre plan.

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II. L’importance du plan et la phase de rédaction

1. L’élaboration du plan

Votre plan, c’est la carte qui vous permettra de sortir votre sujet de recherche de l’inconnu où il se trouve. Il y a souvent plusieurs plans possibles au départ, et votre rôle sera de définir quel est le meilleur plan pour traiter la question que vous posez. Un bon plan est un plan qui va tracer le meilleur parcours sur cette carte, c’est-à-dire celui qui sera à la fois le plus direct (allez à l’essentiel, sans détours) et le mieux organisé pour permettre à votre sujet de garder son souffle jusqu’au bout.

Vos parties sont des balises. Commencez donc par baliser le terrain en dégageant des grands axes qui vont définir vos différentes parties. Lorsque ces grandes parties seront définies, continuez en balisant le terrain à nouveau au sein des parties. Il faut toujours avoir d’abord une vision d’ensemble pour baliser correctement à l’intérieur des parties. Cela signifie qu’il faut toujours savoir précisément où sont les limites de vos parties. Ne cherchez donc pas un plan de façon linéaire en détaillant la première partie avant de savoir quelle sera la deuxième partie, la troisième, etc. Vous ne pouvez pas définir un itinéraire performant si vous ne savez pas où est le point d’arrivée.

Des blocages peuvent apparaître durant cette phase d’élaboration du plan. C’est très souvent parce que le point de départ et/ou le point d’arrivée sont encore trop mal définis : votre problématique est-elle vraiment très claire pour vous ? Si la réponse à cette question n’est pas un « oui » seul et entier, alors votre problématique est sans doute mal posée. Il faut que votre problématique soit totalement claire pour vous et que le simple fait d’y revenir vous donne une idée du chemin à parcourir pour y répondre.

Si c’est le cas et que vous êtes quand même bloqué, le problème vient peut-être de la définition du point d’arrivée. Pouvez-vous résumer votre thèse en une seule phrase ? Si la réponse à cette question n’est pas une phrase seule et entière, alors vous n’avez sans doute pas encore de vision suffisamment complète pour vous lancer dans la rédaction de votre thèse. Il faut que vous sachiez exactement où vous allez avant de démarrer l’écriture du document final.

Dans l’un ou dans l’autre cas, la phase de recherche n’est pas encore tout à fait terminée. Revenez à vos résultats, reprenez les données si besoin et cherchez où se situe le point aveugle. N’allez pas forcément dans le détail, revoyez simplement les grandes lignes, ayez une vision d’ensemble pour identifier l’information manquante. Lorsque vous l’aurez située, il ne vous restera plus qu’à retravailler en détail cette partie afin d’y voir plus clair.

Lorsque vous aurez rédigé un plan qui vous satisfera pleinement, le faire valider par votre directeur de thèse sera primordial pour être en mesure d’avancer sereinement dans la phase suivante : la rédaction de votre thèse de doctorat.

2. La phase d’écriture

La phase d’écriture est souvent périlleuse et fait parfois émerger de nouveaux blocages qu’il faut surmonter : syndrome de la page blanche, syndrome de l’imposteur, difficultés méthodologiques ou purement rédactionnelles, les obstacles qui jalonnent la rédaction de la thèse sont bien connus des docteurs. Et pour cause : la phase d’écriture est la phase finale.

Terminer la rédaction, c’est terminer la thèse et c’est donc la dernière ligne droite vers l’obtention du doctorat. Les difficultés que vous pouvez rencontrer sont de deux types : il y a des difficultés techniques qui sont liées au fait d’écrire un document de recherche, et des difficultés psychiques qui sont liées à l’idée d’achèvement du projet.

Avoir un plan solide est le meilleur moyen de surmonter ces deux types de difficultés. Sans plan solide à ce stade de la thèse, le risque d’abandon est élevé même lorsque les résultats sont là, à disposition dans vos dossiers et/ou dans votre esprit parce que sans plan, il n’y a pas d’objectifs et pas de chemin à suivre. Un bon plan vous permettra d’écrire, quoi qu’il arrive.

Que vous soyez bloqués par la méthode ou que vous soyez dans un mauvais jour, vous pouvez écrire de façon presque automatique si vous avez un bon plan sous la main. Si vous êtes bloqué alors que vous avez le plan, il est possible que ce dernier ne soit pas encore parfaitement aligné avec vos résultats et avec votre problématique. Faites le point.

On donne souvent le conseil de rédiger l’introduction en dernier, mais vous pouvez ressentir le besoin d’en rédiger une en premier. Cela peut être utile si vous souhaitez poser une base dans votre rédaction, pour clarifier la façon dont est amenée votre problématique par exemple. Faites comme vous le sentez – vous pourrez toujours en réécrire une version finale lorsque la thèse sera achevée.

Le plus important, c’est de comprendre qu’un relecteur doit pouvoir identifier directement ce qui a été fait dans la thèse en lisant uniquement votre introduction, votre conclusion et votre plan. Dès l’introduction, vous devez réussir à être parfaitement explicite quant à la thèse que vous soutenez dans le document : quel est votre objectif dans la thèse ? Qu’est-ce qu’elle apporte à votre domaine de recherche ? Lorsque vous rédigerez la conclusion, n’ayez qu’un seul réflexe : reprendre votre problématique pour y répondre directement.

Pour pallier les blocages qui sont liés à la rédaction d’un document scientifique, écrivez régulièrement dès la première année. Écrivez aussi souvent que possible lorsque vous avez des idées, des hypothèses ou de nouveaux résultats. Apprenez à référencer systématiquement votre propos, à vous servir d’outils comme Zotero pour vous faciliter le travail sur les normes bibliographiques. Cela vous permettra de vous familiariser rapidement avec la rédaction scientifique et d’acquérir vos propres outils pour dénouer les situations de blocage au moment de l’écriture du document final.

Si vous rencontrez des obstacles plus psychologiques pendant l’écriture, accueillez ces obstacles et affrontez-les : à quoi sont-ils dus ? Quand apparaissent-ils ? Comment se manifestent-ils ? Pourquoi, d’après vous ? Traitez ces blocages. Les éviter ou forcer les choses ne fera que repousser le moment critique jusqu’à son point de paroxysme, et les dégâts peuvent être lourds. Les blocages que vous rencontrez, quelle que soit leur nature, sont là pour vous indiquer qu’il y a un problème. En bon chercheur, résolvez les problèmes qui s’offrent à vous. Quel que soit le problème rencontré, c’est un signal dont il faut tenir compte lorsqu’il est persistant alors que tout semble bien en place dans votre organisation.

3. Bien vivre sa thèse pour la réussir

1. Placer son bien être au centre de l’expérience

Pour réussir à mettre en œuvre tous ces conseils et ces indications, il y a une chose qui ne doit pas quitter vos préoccupations : c’est vous. Prendre soin de vous tout au long des étapes de la thèse est une clé pour réussir. La façon dont vous vivez votre thèse est un indicateur, mais il vous faut encore comprendre ce que vous montre cet indicateur. Par exemple, mal vivre votre expérience en thèse n’est pas forcément le signe que vous n’allez pas réussir votre thèse, ou que vous êtes sur la mauvaise voie. Cela signifie que quelque chose ne vous convient pas dans cette expérience. Savez-vous ce que c’est ?

Lorsqu’on est mal dans sa thèse, on a tendance à se dire que le problème, c’est la thèse. Mais vous êtes-vous déjà demandé ce qui n’allait pas dans la thèse ? Mal vivre sa thèse signifie en fait que l’expérience de la thèse n’est pas alignée avec l’expérience vécue en dehors de la thèse. Dans votre expérience, il y a un décalage entre la thèse et le reste. Cela veut donc dire que le problème ne vient pas forcément de la thèse, il peut provenir de toutes les choses qui l’entourent et qui se combinent mal avec votre thèse.

Comprendre cela, c’est comprendre que la thèse ne doit pas être placée au centre de votre vie. C’est vous qui devez vous placer au centre de votre vie, pour être en mesure d’identifier les problèmes et pour les gérer rapidement lorsqu’ils se présenteront. Ne pas vous placer au centre va déséquilibrer complètement votre expérience ; placer la thèse au centre va vous déséquilibrer complètement en faveur de la thèse, et vous risquez de perdre pied. Cela n’est pas forcément une évidence lorsqu’on est en thèse, car ce n’est pas quelque chose d’intuitif pour le jeune chercheur.

Réussir sa thèse, c’est lui donner sa juste place en vous et dans votre vie. C’est ce qui vous permettra de ne pas plonger en terre inconnue avec votre sujet, de ne pas vous perdre dans vos recherches et de conduire votre réflexion au terme de son itinéraire, soit jusqu’au point final de la phase de rédaction. Garder la main sur la thèse, c’est toujours avoir un temps de recul sur elle. C’est être capable de couper le soir et le week-end et de vivre normalement bien que la thèse soit toujours présente, car elle le sera.

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2. Bien s’entourer pour réussir sa thèse

Réussir sa thèse, c’est aussi bien s’entourer. Vos proches sont là pour tout ce qui est en dehors de votre thèse, mais savoir s’entourer vaut aussi pour la recherche. Comme il doit y avoir un équilibre entre la thèse et le reste, être bien entouré en dehors de la thèse ne suffit pas si vous êtes seul en recherche. Entourez-vous dans tous les domaines de la même manière. N’ayez pas peur d’approcher des chercheurs de votre discipline, de leur poser des questions, de leur proposer des collaborations ou de les inviter à un colloque que vous organisez.

Vous ne savez pas comment faire ? Apprenez. Qu’il s’agisse du personnel ou du professionnel, agissez simplement en termes de relations humaines. Vous avez peur de solliciter un chercheur plus expérimenté que vous ? Demandez-vous ce que cela vous ferait si quelqu’un vous sollicitait, aujourd’hui ou dans quelques années. Faites redescendre la pression en ayant toujours le réflexe de vous replacer au centre pour avoir une perception ajustée, dénuée des préjugés que vos peurs amènent de façon arbitraire. L’incertitude est omniprésente dans le parcours doctoral.

Réussir sa thèse, c’est apprendre à faire de l’incertitude une alliée. Pour cela, c’est de votre jugement que vous avez besoin. Placez-le toujours au centre, au cœur de vos réflexions, et ne réfléchissez pas selon le jugement des autres, qui qu’ils soient.

Conclusion

Réussir sa thèse, c’est en être l’acteur et l’ambassadeur tout au long du parcours. Donnez-vous le premier rôle dans tous les aspects de cette expérience. Pour y parvenir, gardez la main sur votre sujet de recherche. Mettez votre thèse au service de votre réussite, jamais l’inverse. Cela vous permettra d’avoir toujours une longueur d’avance et de vaincre les incertitudes de toutes les natures : vous guiderez vos recherches si vous savez où vous voulez aller.

Ayez l’après-thèse en tête et pensez à qui peut servir votre recherche, ce qu’elle apporte et pourquoi. C’est le meilleur moyen d’avancer selon un plan parfaitement intelligible, et d’avancer sereinement dans la phase de rédaction. En cas de problème persistant, tournez-vous vers les personnes qui vous entourent.

Votre directeur est là pour vous guider comme vous guidez votre sujet, c’est-à-dire en deçà. Vos collègues et vos proches doivent être vos meilleurs alliés. Réussir sa thèse, c’est trouver le bon équilibre pour permettre à tous ces paramètres de trouver en vous leur juste place. Pour aller plus loin et recevoir plus de conseils, vous pouvez prendre rendez-vous en consultation et télécharger gratuitement votre guide des 5 secrets pour réussir en doctorat :

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