SYNDROME DE L’IMPOSTEUR ET DOCTORAT

Comment surmonter le syndrome de l’imposteur en doctorat ?

Il y a quelques jours, un doctorant m’a contactée via mon blog pour solliciter un échange au sujet de son doctorat. Il m’a dit qu’il doutait, qu’il hésitait à arrêter, et en trame de fond de son premier mail, j’ai senti surtout un désir de parler et d’échanger sur l’expérience du doctorat. Je lui ai évidemment répondu et lui ai demandé des précisions sur les difficultés qu’il rencontrait. Il m’a alors parlé de difficultés sérieuses, du manque de financement et de soutiens autour de lui, de son isolement et surtout : d’une impression de ne pas être à la hauteur. Il m’a dit qu’il envisageait d’abandonner son doctorat pour monter en compétences et ensuite se réinscrire et mener un nouveau projet doctoral. Alors, ça m’a donné un déclic pour évoquer ce sujet dans une vidéo à part entière : le fameux syndrome de l’imposteur en doctorat.

Syndrome de l’imposteur et doctorat ? On en parle dans une nouvelle vidéo.

Pour ceux qui préfèrent lire :

  1. Pourquoi les doctorants ont le syndrome de l’imposteur ?

Si vous êtes en doctorat, vous êtes sans doute aux prises avec ce qu’on appelle communément le syndrome de l’imposteur. Je suis sûre que la plupart d’entre vous a déjà ressenti ce que ce doctorant m’a confié. Combien de fois, depuis le début de votre doctorat, vous vous êtes dits que vous n’aviez pas le niveau pour être en doctorat ?

C’est drôle, parce que ce n’est pas quelque chose qu’on se dit souvent dans un parcours scolaire : en licence 1, on a sans doute tous eu cette impression que nous n’avions pas le niveau dans la filière que nous avions choisie, mais on est rarement allé jusqu’à se dire : « je vais arrêter ma licence et revenir quand j’aurai le niveau. » Même si on l’a envisagé, on s’est vite rappelé qu’on était là pour apprendre. Ça n’aurait pas de sens d’interrompre un apprentissage pour apprendre, et reprendre l’apprentissage une fois qu’on a l’impression d’avoir suffisamment de connaissances. Qui fait ça ? À qui conseilleriez-vous de faire cela ?

En réalité, je suis sûre que nous avons tous, à un moment ou à un autre, eu le sentiment de ne pas avoir le niveau : pas le niveau pour avoir le BAC, pas le niveau en licence, pas le niveau pour passer le permis, pas le niveau pour entreprendre un nouveau projet quel qu’il soit. Qui a eu le sentiment d’être un maître en sa matière après l’obtention d’un master ? Si vous êtes là, maîtres, manifestez-vous. Personnellement, je suis la dernière personne sur Terre qui pourrait prétendre avoir eu le sentiment d’avoir une expertise quelconque à la sortie de mon master en histoire de l’art contemporain. Et je sais que c’est pareil dans toutes les disciplines, des sciences humaines aux sciences politiques aux sciences naturelles, à l’ingénierie, à la médecine ou au droit. Sortir de l’université avec un master, c’est exactement comme obtenir son permis : il nous manque l’expérience, et tout reste à apprendre.

Alors, pas étonnant que la plupart des doctorants souffrent de ce symptôme de l’imposteur en doctorat. Parce qu’en doctorat, beaucoup de choses changent et notamment le statut que nous avons. Plus vraiment étudiant, mais toujours apprenant ; parfois sous contrat, parfois sans financement ; parfois enseignant, parfois chômeur, parfois les deux en même temps ; c’est vraiment le terrain idéal pour la prolifération d’idées qui vont à l’encontre de la confiance en soi et de l’accomplissement. Les doctorants financés et les doctorants qui ne le sont pas ont ceci de commun qu’ils doutent profondément d’être vraiment à la hauteur : les premiers parce qu’ils sont rémunérés, les seconds parce qu’ils ne le sont pas.

Viennent s’ajouter le cumul de responsabilités et de devoirs qui incombent aux doctorants : avoir tel niveau d’anglais, avoir tel réseau, avoir tel CV, avoir fait telles communications et telles publications dans telles revues, avoir la capacité à enseigner sans avoir reçu la moindre formation, etc. Ce sont autant de responsabilités qui interrogent sans cesse nos compétences et questionnent sans arrêt notre place à l’université.

Exemple : si j’enseigne, je suis enseignant. Mais je n’ai pas reçu de formation d’enseignant, je n’ai pas de titre d’enseignant, je n’ai pas réussi ou pas encore tenté le concours de l’agrégation, pourquoi ai-je été recruté ? Pourquoi moi ? Autre exemple : si je publie dans une revue scientifique à comité de lecture, je suis un chercheur. Mais je n’ai pas le titre de docteur, je n’ai pas spécialement de réseau, je n’enseigne pas encore, mon nouvel article scientifique a été refusé par les reviewers, alors suis-je véritablement chercheur ?

Tout tient en cette question redoutable : qu’est-ce qui fait de nous des chercheurs ? Qu’est-ce qui fait de nous des enseignants ? Le statut de doctorant a ceci de bâtard, pour le dire vulgairement, qu’il est un entre-deux dans lequel nous avons une activité sans avoir le titre qui va avec. Tu peux être doctorant en quatrième année, avoir publié quatre articles dans des revues sérieuses, organisé deux colloques et une journée d’études, avoir fait des conférences à l’étranger, écrire une thèse, faire de la recherche, enseigner, la réalité c’est celle-ci : si tu arrêtes maintenant, tu n’auras qu’un master et tout ce que tu as fait n’aura pas vraiment de valeur. Tu vois ce que je veux dire ? Concrètement, ce sera toujours cette réalité-là que ton esprit te rappellera, chaque matin, chaque soir, chaque année, jusqu’à l’obtention de ton doctorat.

2. Surmonter le syndrome de l’imposteur

Chers doctorants, accrochez-vous. La première chose à comprendre c’est que tous les doctorants ressentent cela. Il y a sûrement des exceptions pour confirmer la règle, mais je n’en connais pas, je n’en ai jamais vu. De temps en temps, par périodes, vous allez reprendre confiance et redresser la tête, mais le temps passera et vous douterez à nouveau. Rien n’est jamais acquis en doctorat.

Vous avez le sentiment de ne pas maîtriser votre sujet ? C’est normal. Vous n’êtes pas bilingue ? Ce n’est pas grave. Vous ne maîtrisez pas l’utilisation de tel logiciel ? Ce n’est pas grave. Vous êtes isolé et avez l’impression que tous les ouvrages importants sont à l’autre bout du monde, jamais dans la bonne fac ? C’est normal. Vous avez découvert un auteur essentiel dans votre domaine de recherche après deux ans ? C’est courant. Votre directeur n’a que faire de vos blocages ? Bienvenue au club. Vous n’avez rien publié depuis deux ans ? C’est courant. Vous doutez de la pertinence de votre problématique ? C’est normal. Votre plan est bancal ? Ce n’est pas grave. Vous avez l’impression qu’il serait bon de repartir un an en apprentissage avant d’entreprendre un doctorat ? STOP !

Chers doctorant.es, toutes ces questions sont le lot de toutes et tous. Tous les doctorant.es se les posent, et tous les doctorant.es ont des dossiers bien planqués, des petites hontes qu’ils évitent de mentionner, des frustrations vis-à-vis de leur encadrement, l’impression d’être isolés et cette conviction profonde qu’ils ne sont pas à la hauteur. Mais rappelez-vous que vous n’êtes « que » doctorants, et ceci ne veut pas dire que vous n’êtes rien ni personne, mais que votre job de doctorant.e c’est de monter en compétences pendant le doctorat. Bien sûr que vous allez faire des erreurs, bien sûr que vous allez devoir reprendre des bases, bien sûr que vous allez laisser passer des choses importantes, bien sûr que votre directeur n’est pas votre psy ou votre grande sœur, bien sûr. Mais c’est normal et c’est sain.

Le doctorat, c’est une leçon d’humilité et de persévérance au quotidien. Obtenir son doctorat, c’est surmonter tous vos blocages. C’est entreprendre. C’est se heurter à des échecs, c’est monter tout là-haut après une conférence et c’est redescendre six pieds sous terre quand un article est refusé. Le doctorat, c’est un apprentissage. N’arrêtez jamais votre doctorat pour aller apprendre à faire un doctorat parce que c’est ça, être doctorant. C’est apprendre à être docteur. Vous n’avez pas le niveau ? C’est bien ça, vous êtes doctorant.

N’ayez pas peur de ce que vous ne savez pas, apprenez-le, pratiquez-le. Vous n’avez pas le niveau en anglais ? Partez six mois vivre dans un pays anglophone avec votre ordi sous le bras ; nul besoin d’abandonner pour ça. Vous n’êtes pas bon en statistiques ? Prenez des cours du soir, interrompez votre recherche pendant trois ou six mois et mettez-vous à fond dans les stats ; nul besoin d’abandonner pour ça. Vous n’avez pas de financement ? Postulez partout et faites tout ce que vous pouvez déjà faire en attendant les retours ; nul besoin d’abandonner pour ça. Sollicitez votre laboratoire et votre école doctorale pour financer vos déplacements. On ne vous invite pas dans les colloques ? Organisez un colloque. Vous ne savez pas utiliser LaTeX ? Apprenez ou prenez Word. Vous n’avez pas accès aux sources ? Noyez la BU de requêtes pour acheter les livres dont vous avez besoin.

Et retenez ceci : si vous saviez déjà tout ce qu’il faut savoir pour obtenir un doctorat, le doctorat se validerait en deux ans. Si c’est si long, c’est parce qu’il faut apprendre des millions de choses qui n’ont parfois aucun rapport direct avec le sujet de la thèse.

Vous êtes tous des chercheurs, et c’est votre capacité à surmonter ces blocages qui fera de vous des docteurs. Vos peurs vous indiquent tout ce qu’il faut travailler, alors écoutez-les et foncez dans la direction qu’elles vous montrent. A chaque fois que vous ferez quelque chose qui vous fait peur, vous vous rapprocherez de votre titre de docteur.

Courage à tous, cher.es doctorant.es, vous n’êtes pas seul.es.

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29 réponses

  1. Bonjour, BRAVO pour ce texte ! croyez-moi, vos mots valent de l’or pour les doctorants ! Pour ma part, j’ai soutenu ma thèse en déc 2020, mes débuts de thèse n’étais pas parfait mais avec la détermination et la persévérance j’ai pu soutenir ma thèse dans un temps imparti de 3 ans. Ne lâchez rien les gars ! bon courage à tous 🙂
    Merci à Erika
    Abdel

    1. Merci Abdel ! C’est exactement le message que je veux faire passer. Avec des débuts plus que laborieux, on peut arriver à terminer sa thèse en étant financé par l’Ivy League ! Que dire de plus ? Il faut foncer, c’est la ténacité qui gagne toujours 💪 Merci encore Abdel 🙏

  2. La phrase la plus forte du texte, à mon sens :  » Vos peurs vous indiquent tout ce qu’il faut travailler, alors écoutez-les et foncez dans la direction qu’elles vous montrent. A chaque fois que vous ferez quelque chose qui vous fait peur, vous vous rapprocherez de votre titre de docteur »

      1. Ma peur à moi, c’était d’être expulsé de France si je décide d’arrêter ma thèse et de retourner chez moi en Algérie les poches vides et sans le diplôme mdr…C’était plus de la peur que de la motivation qui me poussait à aller en avant. Juste après la thèse (21 jours), j’ai trouvé un contrat de Post-doc, c’est la meilleure chose qui m’est arrivée :p.

        1. Oh mon Dieu bravo… Comme quoi !! Tu n’aurais jamais pu savoir à l’avance que ça se passerait comme ça, mais tu l’as fait et ça s’est fait. Bravo encore 🙂

  3. Merci beaucoup Erika Dupont, j’ai ce problème actuellement, faire une thèse de doctorat en Afrique, c’est encore mille fois plus difficile. Tu as l’impression que tout est contre toi pour que tu renonces. Tu deprimes sous les regards indifférents. Souvent j’ai peur de craquer, la pression est de toute part surtout lorsque tu prends en compte le facteur âge. J’ai fini la rédaction de ma thèse de science économique en août 2020 (troisième année), avec les nouveaux règlements de mon université, il faut publier un article extrait de la thèse avant de pouvoir déposer la thèse. C’est ce mois de mai 2021 que j’ai eu une acceptation. Sans compter la lourdeur qui suivra dans le processus d’envoyer la thèse aux rapporteurs avant de songer à former un jury. Trop long !!!

    1. Effectivement c’est très long. En France les doctorants sont informés de leurs obligations à l’entrée du doctorat. Ici, il va de soi que le doctorat ne s’acquiert pas seulement en écrivant une thèse, il faut plublier des articles en rapport avec la thèse, communiquer au moins une fois lors de journée d’études ou de colloques, participer à de nombreuses formations doctorales qui portent généralement sur le monde de l’entreprise ou sur des thématiques spécifiques en lien avec la recherche, il faut aussi être bilingue. La soutenance de thèse ne peut avoir lieu si l’ensemble des crédits doctoraux n’a pas été acquis, et ça c’est très clair à l’entrée du doctorat donc nous nous organisons dès le départ dans cette perspective. J’espère que tu pourras soutenir rapidement !! En attendant, travaille sur ton projet postdoc surtout, n’attends pas de soutenir pour passer à autre chose. Je te souhaite bon courage, dis-moi comment ça évolue dans quelques semaines et dans quelques mois, ça m’intéresse ! See you 🎓🏆

  4. Conseil très pertinent et c’est la réalité des doctorants de pouvoir surmonter les difficultés ce parcours.

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