FAIRE UNE THÈSE SANS FINANCEMENT : QUEL EST LE PRIX À PAYER ?

👉 Faire une thèse sans financement : comment aborder le doctorat non financé et quelles erreurs éviter ?

Faire une thèse sans financement, est-ce possible ? Vous êtes nombreux à me poser la question et à me solliciter pour être orientés dans vos démarches. Vous êtes aussi très nombreux à vous être lancés dans l’aventure doctorale sans financement, car c’est encore possible dans certains domaines. Malheureusement, l’expérience a tourné au cauchemar, et vous me sollicitez souvent pour partager ce cauchemar avec moi – généralement sans savoir exactement ce que vous cherchez à travers cette démarche, ni ce que vous attendez de moi. Et peut-être est-ce de ma faute. Peut-être que je n’ai pas encore été assez claire sur ma démarche, et j’ai envie de prendre le temps aujourd’hui d’aborder ces différentes questions avec vous.

1. Faire une thèse sans financement : est-ce possible ?

Faire un doctorat sans financement, c’est encore possible aujourd’hui notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales. Généralement, c’est beaucoup moins le cas dans le domaine des sciences appliquées, et ce n’est pas seulement parce que les financements sont moins rares, même si on a tendance à l’oublier. En fait, c’est surtout parce qu’un doctorat en sciences appliquées ne requiert pas du tout le même mode de travail, ni le même rythme de travail qu’en sciences humaines, et il est souvent plus difficile de s’éloigner du laboratoire lorsqu’on travaille en microbiologie que quand on analyse une question philosophique.

Par conséquent, il est possible pour certains doctorants de travailler en même temps qu’ils préparent leur doctorat, alors que ce n’est pas possible pour d’autres notamment parce qu’ils doivent respecter les horaires d’ouverture du laboratoire pour pratiquer des expériences avec un matériel spécifique qu’ils n’ont pas à la maison, ou parce qu’ils travaillent en équipe. Le doctorant en philosophie a moins de contraintes de temps et de lieu, il peut travailler tard le soir s’il le souhaite et il peut travailler en partie de chez lui. C’est pourquoi de nombreux doctorants se lancent dans l’aventure alors qu’ils n’ont pas de financement, mais qu’ils ont un emploi principal qui leur permet de subvenir à leurs charges.

Théoriquement, il est donc possible de mener à bien son doctorat en philosophie, en arts visuels, en sociologie ou en littérature comparée sans financement à proprement parler, c’est-à-dire sans bourse, sans contrat doctoral et sans contrat avec une autre institution ou avec une entreprise (CIFRE). Et c’est tant mieux, dans un sens, parce que certains chercheurs ont pu de cette façon contribuer à la recherche académique alors qu’ils n’avaient pas de financement. C’est tant mieux, parce que de cette façon des chercheurs ont pu valider le grade universitaire le plus élevé et obtenir leur doctorat alors qu’ils n’avaient pas de financement : personne ne leur avait donné les moyens de le faire, mais ils l’ont fait et cela a parfois changé le cours de leur vie. Dans tous les cas, cela leur a permis de faire ce qu’ils avaient l’envie et la force de faire.

2. Quand l’expérience doctorale tourne au cauchemar

Malheureusement, et vous êtes nombreux à le savoir, l’expérience doctorale peut tourner au cauchemar – que vous soyez financés ou non, d’ailleurs. Mais la souffrance des non-financés est très spécifique parce qu’elle dévore de l’intérieur les doctorants qui commencent à douter face à l’ampleur de leur tâche. Un doctorant non-financé aborde le doctorat avec beaucoup plus de fraîcheur qu’un doctorant financé qui va tout de suite prendre au sérieux l’entité qui le finance et se consacrer pleinement à sa recherche. Un doctorant non-financé ne fait pas cela. Il a un travail par ailleurs, sa hiérarchie est ailleurs, son énergie part ailleurs, le cadre spatio-temporel d’une majeure partie de son travail est ailleurs.

Il fait son doctorat pour des raisons qui lui sont propres : il peut le faire par passion, et c’est souvent dans un esprit de persévérance qu’il s’est préparé à l’expérience du doctorat. Il sait que ce sera dur, mais il le fait quand même parce qu’il sait que c’est sa seule chance de vivre un jour de sa recherche. Mais que se passe-t-il pour le doctorant non financé à l’université ? Il a les mêmes échéances que le doctorant financé, qui lui dispose de tout son temps de travail pour avancer dans ses recherches ; il a les mêmes contraintes que le doctorant financé, il a le même calendrier, il a les mêmes preuves à faire chaque année auprès de son directeur, la même pression de son laboratoire et de son école doctorale. Est-ce normal ? Oui, même si ce n’est pas logique a priori.

Ce qui est sûr, c’est que les doctorants non-financés oublient souvent d’anticiper ces questions-là. Quand on n’est pas financé, on aborde le doctorat en se disant qu’on fera de nôtre mieux, qu’on avancera à notre rythme, qu’on fera le maximum, et pour ce qui est des résultats, on se dit qu’on verra bien. On pense à la difficulté du niveau requis en doctorat, du temps de prolongement des études et de la situation de précarité qui l’accompagne, mais on ne pense pas qu’on devra rendre autant de comptes, on ne pense pas qu’on sera jugés de la même manière qu’on soit financé ou non, on ne pense pas qu’on devra se comporter comme des chercheurs alors qu’on est enseignant du secondaire, instit, vendeur, serveur, nounou, entrepreneur ou commercial.

Et cette division du travail qui en fait s’accumule, et ces casquettes qu’on porte qui se multiplient au lieu de se compléter pour s’enrichir, elles conduisent au burn-out. Elles conduisent inévitablement à la question du sens, et de sens il n’y a plus quand il s’agit de se dédoubler dans des vies professionnelles qui ne sont pas connectées , qui ne se rejoignent pas mais qui attendent de nous toujours plus, pour moins de bénéfice. Faire un doctorat sans financement est possible les amis, mais il vous faut comprendre qu’une des difficultés majeures que vous rencontrerez, c’est que vous allez aborder ce projet comme un étudiant salarié, et c’est vraiment la pire erreur que vous puissiez faire. Vous serez en fait dans deux vies professionnelles distinctes. Vous ne serez plus étudiant, vous serez doctorant, et c’est là toute la différence.

Certains font cela pleinement : ce fut mon cas. J’ai abordé le doctorat exactement comme je viens de le décrire, comme un prolongement de mes études, en me disant que je verrais bien. Quand j’ai compris que j’aurais les mêmes preuves à faire chaque année, que mon travail serait jugé de la même manière que celui de mes collègues financés et qu’on attendrait de moi le même niveau d’avancement qu’eux, le même rythme, je n’ai pas contourné la question, je l’ai posée directement : qu’est-ce que je fais, j’arrête ou je continue ? Certains arrêtent tout de suite, c’est complètement légitime. D’autres non, parce qu’ils continuent de penser que c’est leur seule chance de poursuivre une carrière académique et de vivre de la recherche. Ce fut mon cas là aussi.

3. Mes erreurs en doctorat, et ce que je vous propose aujourd’hui

Alors, qu’ai-je fait ? J’ai redoublé d’efforts. J’ai pris un job de nuit. J’ai pris des heures de cours et j’ai commencé à enseigner. J’ai publié, j’ai participé à des colloques, j’ai fait mes formations doctorales, je me suis présentée pour devenir représentante des doctorants. J’ai fait un planning, et je peux même vous confier que je n’ai pas pu me résigner à jeter mes agendas de cette époque jusqu’à cette année alors que j’ai soutenu ma thèse il y a bientôt deux ans. Parce que visuellement c’était beau, c’était rempli, et c’était comme une preuve de ma force, une vision du travail effectué, parce qu’en thèse tu n’as que ça. Un agenda très rempli, la sensation de faire ce qu’il faut pour y arriver, l’impression de te battre correctement, avec méthode et une organisation en béton.

Comme un grand nombre d’entre vous, le burn-out est arrivé assez vite et comme tous ceux qui croient qu’ils peuvent chasser ce genre de chose, je suis restée sa proie et c’est lui qui m’a guettée durant toutes ces années pour finalement me tirer une balle bien placée dans la dernière année : celle où j’ai enfin eu mon financement. Et oui, tout cela se paye un jour ou l’autre et généralement, c’est quand on a enfin pied qu’on se noie parce que soudain le danger vient d’ailleurs et dans la satisfaction, l’impression qu’on a enfin le contrôle, on ne le voit pas arriver.

Même si je salue ma persévérance à chaque fois que j’y pense, je pense que j’ai fait toutes les erreurs qu’on peut imaginer en thèse : partir sans objectif précis, apprendre sur le tas, ne pas me faire accompagner et agir exclusivement seule, gérer la pression avec de mauvaises habitudes et avec les mauvaises personnes, travailler plus dur au lieu de capitaliser sur ce qui aurait pu me rapporter, me poser en victime et en vouloir aux autres pour la situation dans laquelle je m’étais moi-même fourrée, en vouloir à l’université d’être ce qu’elle était et de ne rien me donner alors que j’avais respecté chacun de ses codes et de ses lois. Le problème, c’était moi. C’est que je ne savais pas ce que j’attendais de ce doctorat, c’est que je ne m’étais pas fixé d’objectifs.

J’ai eu beau réussir à enseigner à l’université et le faire pendant des années, mener à bien ma thèse, obtenir un financement de Yale, communiquer, publier, progresser, j’ai eu beau soutenir ma thèse, je n’ai jamais eu le sentiment durant tout ce temps d’atteindre le moindre objectif. Je n’ai jamais eu le sentiment de m’accomplir. Pourquoi ? Parce que je n’avais jamais cru que je pouvais faire tout cela, donc je n’avais jamais posé ces objectifs de vie, je ne m’étais jamais dit : « je veux enseigner », « je veux travailler à l’université », « je veux vivre à Londres », « je veux une bourse de l’Ivy League », « je veux travailler dans des lieux prestigieux », « je veux voir mon nom sur un livre », « je veux que mes idées soient publiées ». Jamais je n’aurais osé dire cela tout haut, et encore moins le penser.

Pourtant, je l’ai fait, et c’est seulement après avoir fait tout cela que je me suis autorisée à me demander ce que je voulais, que je me suis autorisée à être ambitieuse, que je me suis autorisée à vivre et à me dire : « c’est bon, tu peux commencer à t’écouter. » C’est là que j’ai compris que j’étais passée à côté, non par manque d’ambition mais de confiance en moi. J’ai souffert, pour rien.

Alors, pourquoi m’écrire ? Pourquoi venir vers moi et évoquer la souffrance que vous ressentez, ou pour évoquer des blocages qui sont nombreux au moment où on s’apprête à s’accomplir, en soutenant sa thèse, en publiant pour la première fois, en préparant son premier cours ou simplement en commençant la rédaction de la thèse ? Parce que je peux vous accompagner. Parce que c’est mon métier, c’est ce que je fais au quotidien avec des doctorants et avec des docteurs qui sortent de l’expérience de la thèse et qui veulent vivre autre chose, aller plus loin ou simplement faire le point sur leurs compétences et leur expérience de la recherche.

Si c’est aussi votre cas, vous pouvez prendre un premier rendez-vous ici 👉 lien. Nous ferons le point ensemble et vous aurez accès à un accompagnement sur mesure afin de surmonter les difficultés ponctuelles que vous rencontrez. La durée des accompagnements varie selon les problématiques. Le cadre est strictement confidentiel.

À bientôt !

Erika

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3 réponses

  1. Merci infiniment monsieur Dupont pour tout vos conseils. Il y a quelques mois je me suis abonné à votre groupe, pour suivre et apprendre de vos conseils.
    En réalité, je ne suis pas un doctorant.
    Je suis plutôt un étudiant en master recherche qui rédige actuellement mon mémoire de soutenance.
    Mais je suis animé d’une grande volonté de faire la thèse. Mon objectif étant d’être un enseignant chercheur.
    Mais dans le même temps, je ne dispose pas des moyens nécessaires pour entreprendre trois années d’études doctorales . Par ailleurs, je désire vivement faire une cotutelle. Et faire porter ma thèse par une université française.

    Actuellement, je suis entrain de m’aiguiller un thème de thèse afin de contacter un éventuel directeur français.

    Mais , ma difficulté réside dans la détermination d’une problématique univoque en lien avec mon sujet .
    C’est vrai qu’en méthodologie de recherche, on nous a appris que le problème est un écart entre ce qui doit être et ce qui est .
    Cependant, parfois il y a des sujets pour lesquels la problématique n’est pas facile à déceler ou a reformuler mais pourtant l’on y trouve un bon sujet.

    C’est sur cet aspect que j’aimerais vous solliciter. Et me soumettre à vos conseils.

    Je vous informe que je suis en droit .
    Merci .
    S. Rodrigue

    1. Bonjour,

      Moi c’est Madame 😋

      Merci beaucoup pour votre adhésion au groupe, pour votre commentaire et pour votre confiance.

      Félicitations aussi pour votre parcours et votre détermination, je pense qu’il est important d’être ambitieux et je ne peux que vous encourager à aller le plus loin possible.

      Pour faire un doctorat en France, il faut vous y prendre à l’avance et commenter le montage de votre projet doctoral le plus tôt possible, car votre deuxième année de master va passer très vite. Si vous envisagez une co-tutelle, ce qui peut être judicieux pour venir étudier en France, il faut trouver un directeur intéressé par votre projet et que ce dernier s’inscrive dans un programme de laboratoire français. J’ai consacré une vidéo à ce sujet, qui vous aidera sans doute à comprendre comment les procédures d’admission en doctorat en France se déroulent 👉 https://youtu.be/Vjl9zM2SE_o

      D’ailleurs, n’hésitez pas à vous abonner à la chaîne car j’y publie des vidéos sur le doctorat chaque semaine.

      Si vous souhaitez bénéficier de l’accompagnement que je propose pour préparer tout cela, envoyez-moi un mail directement via ce formulaire de contact 👉 https://erikadupont.com/contact/

      Nous ferons le point ensemble et je pourrai définir avec vous un programme précis ainsi qu’un calendrier afin de vous guider au mieux à travers ces étapes (le premier entretien est gratuit).

      À très bientôt sans doute.

      Erika

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