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COMMENT CADRER SON SUJET DE THÈSE ? 3 étapes indispensables

cadrer sujet de these

Cet article est le texte de la conférence que j’ai donnée à l’école CentraleSupélec lors de l’évènement organisé par le Gender Gap Reflection Club, le mardi 16 mai 2023. Un grand merci à Suzanne Martin pour son invitation.

Un bon projet de thèse, c’est un projet qui est « bien cadré ».

Aujourd’hui, vous avez certainement à l’esprit une idée de sujet de recherche qui vous passionne.

Quel qu’il soit, il peut être porteur si vous parvenez à l’aborder de la bonne manière. C’est ce cadrage qu’il faut définir en amont pour que le parcours doctoral se déroule sous les meilleurs hospices – i.e. qui vous permette d’être actif tout au long des années doctorales.

Votre idée doit mûrir. Elle doit intégrer des éléments tels que l’état de la recherche sur ce sujet, le besoin à laquelle elle répond ou la transformation qu’elle va permettre dans votre domaine, mais aussi tous les éléments concrets concernant la faisabilité de votre projet et l’avis des chercheurs qui sont les experts du sujet abordé.

Je vous propose ici de vous montrer comment vous y prendre pour rédiger un bon projet de thèse, avec un cadrage pertinent.

1. Faire l’état de l’art

La première chose à faire pour cadrer son sujet de thèse, c’est de faire l’état de l’art.

Il s’agit de faire l’état des connaissances disponibles sur votre sujet et d’en faire un résumé critique – et non une énumération.

C’est souvent une étape qui a été bien explorée en master de recherche, mais qui l’est souvent moins à l’issue d’un parcours en école d’ingénieur ou en master professionnel.

Pour ce faire, il faut commencer par s’assurer que le sujet de thèse que vous avez en tête n’a pas déjà été traité.

A. Votre sujet de thèse est-il inédit ?

Pour le savoir, une simple recherche sur le site theses.fr vous permettra de faire une première vérification – il s’agit de la plateforme qui recense toutes les thèses en cours et soutenues en France depuis 1985.

Souvent, c’est aussi le moyen de se rendre-compte que notre sujet peut se décliner en une infinité de sous-sujets, ou d’angles, par lesquels attaquer.

Exemple : si je veux travailler sur l’art moderne anglais, je vais taper ces trois mots-clés sur theses.fr et analyser les résultats.

Ici, je m’aperçois rapidement que mon sujet est beaucoup trop large, car tous les résultats qui sortent se concentrent sur des œuvres spécifiques et sur des questions très précises en rapport avec l’art anglais.

Par conséquent, le fait qu’aucun résultat ne mentionne exactement mes mots-clés n’est pas forcément bon signe : il montre souvent que le sujet a été exploré selon des angles très variés qui ensemble traitent de l’art moderne anglais.

Explorez donc le plus possible les résultats de cette première recherche – vous pouvez télécharger de nombreuses thèses directement sur ce site, je vous encourage à lire celles qui sont au plus près de votre centre d’intérêt.

Votre objectif ? Tenter de définir si votre sujet est inédit ou s’il faut l’affiner, le reformuler et le préciser.

B. Explorer les bases de données de la recherche

Grâce à votre première recherche sur theses.fr, votre sujet a sans doute déjà évolué dans votre esprit. Il faut alors se demander où en est la recherche sur le sujet tel que vous le pensez à présent, et compléter votre connaissance du terrain par l’exploration des bases de données spécialisées.

Je ne vais pas toutes les énumérer, mais sachez que chaque discipline a ses bases de données qu’il vous faut repérer au plus tôt en fonction de votre spécialité. En tant qu’étudiants à Centrale, vous avez déjà un accès à quelques bases de données comme Scholarvox, qui est assez généraliste, et des bases en sciences et techniques de l’ingénieur (regardez dans votre ENT).

Si vous cherchez des informations sur des sujets précis en dehors des sciences de l’ingénieur, il existe aussi des bases de données ouvertes que vous pouvez explorer en complément, comme HAL et Google Scholar – pour les plus connues.

Toutes ces bases vous donnent accès à un très grand nombre de publications de chercheurs dans toutes les disciplines. C’est dans ces bases de données que vous allez pouvoir explorer le terrain de la recherche, et lire de nombreux travaux qui vous permettront d’en apprendre davantage sur votre sujet.

Faire une synthèse critique de tous ces travaux, c’est faire un état de l’art.

Votre but, c’est d’avoir une idée la plus précise possible de ce qui a déjà été fait sur votre sujet, ce qu’il faut actualiser et ce qu’il reste à faire, de sorte à vous situer le mieux possible dans ce paysage.

Faire ce travail fait parfois peur. On se dit qu’on risque de découvrir que notre idée est « déjà prise » ou qu’on va trouver la réponse complète aux questions qu’on se pose par rapport à notre sujet. C’est rarement le cas, et plus tôt vous effectuerez ces démarches, plus tôt vous saurez où placer le curseur pour avancer.

La plupart du temps, il reste en fait beaucoup de choses à faire sur le sujet que vous avez en tête, et cadrer votre projet de recherche va nécessiter de mener des actions complémentaires pour affiner encore tout cela.

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2. Rédiger un avant-projet de thèse

Une fois l’état de l’art effectué, je vous conseille de rédiger un avant-projet de thèse.

Pourquoi ?

Parce que les projets de recherche sont tous structurés selon des parties communes quelles que soient les disciplines – il y a quelques variantes selon les disciplines, mais l’enjeu d’un projet de thèse est toujours le même : il faut démontrer que la recherche est pertinente et faisable en trois ans.

Pour ce faire, il faut répondre à un certain nombre de questions auxquelles il est bon de répondre le plus tôt possible :

– Quel est le titre du projet ? Comment résumeriez-vous l’étude que vous proposez en quelques mots ?

– Dans quel contexte s’inscrit la recherche que vous proposez ? À quel moment avez-vous été confronté à une lacune scientifique sur un sujet, et pourquoi soumettez-vous ce projet ?

– Quel est l’état de l’art ? Où en est la recherche à ce sujet ?

– Quelle problématique envisagez-vous, et pourquoi ? Qu’est-ce que répondre à cette question va changer et pourquoi ?

– Quelle méthodologie envisagez-vous ? Comment, par quel(s) moyen(s) pensez-vous pouvoir répondre à la problématique ? Ici, il peut s’agir d’expériences à mener en laboratoire, de questionnaires à diffuser à un échantillon cible, d’entretiens à mener avec des acteurs, d’observations ou de relevés à faire sur un terrain donné, ou encore de collecter des données à des endroits précis. Le tout sera à analyser pour en dégager un résultat qui réponde à la problématique.

– Quelles sont vos hypothèses et quels résultats attendez-vous ? Quelle transformation votre étude va permettre dans votre champ de recherche ?

– Quelle valorisation de votre étude pouvez-vous envisager ? Pourrez-vous publier les résultats de vos travaux ? Où ? Quelles retombées dans la sphère scientifique sont prévisibles ? Quel(s) impact(s) votre étude peut avoir ?

– Quel est le budget nécessaire pour réaliser votre étude ? Répondre à cette question nécessite d’avoir une idée précise des tâches à effectuer.

– Comment comptez-vous financer votre étude ? Il peut s’agir de fonds personnels mais dans le cas d’une recherche doctorale, il faudra trouver un financement institutionnel ou privé dans la plupart des disciplines de recherche. Qui pourrait financer vos travaux, i.e. qui serait susceptible d’avoir besoin des résultats ?

– Quel est le calendrier prévisionnel ? Cette question, dans le cas d’une recherche doctorale, doit vous amener à démontrer que votre étude pourra être menée en trois ans maximum.

– Quel est le plan provisoire de la thèse, s’il est déjà possible de l’envisager (c’est le cas dans plusieurs disciplines, je vous invite à consulter des thèses dans la votre sur theses.fr pour analyser la manière dont les thèses sont construites – regardez simplement les sommaires pour voir s’il y a des redondances d’une thèse à une autre).

– Quelle est la bibliographie sur ce sujet ? Quels ouvrages / études / publications sont disponibles et serviront de socle à votre étude ?

Tous ces questionnements vont vous pousser à réfléchir concrètement à la mise en œuvre de votre recherche et les réponses à ces questions vous permettront de faire encore des ajustements par rapport au cadrage du sujet : en fonction du budget, des tâches à accomplir et des contraintes qui vont s’imposer, le sujet qu’il sera possible de traiter va émerger.

3. Contacter les experts du sujet

À présent, vous avez une idée plus claire du terrain et des études qui existent autour de votre sujet. La meilleure chose à faire, c’est de confronter votre idée de sujet à l’avis des chercheurs qui travaillent – ou ont travaillé – sur ce sujet.

Si vous souhaitez mener une recherche doctorale, vous devrez trouver votre directeur de thèse. Contacter les chercheurs est donc un passage obligé, et dans tous les cas, ces chercheurs sont les experts du sujet que vous voulez aborder.

C’est important pour le cadrage de votre sujet parce que votre projet doit s’inscrire dans les axes du laboratoire que vous visez : chaque laboratoire a son programme de recherche défini pour un quinquennat. Les chercheurs travaillent en équipe autour d’un programme commun.

Or, les chercheurs que vous allez contacter travaillent certainement dans des laboratoires différents. Il faudra donc aussi recadrer un peu le projet de sorte à ce qu’il entre dans l’axe sur lequel votre directeur de recherche travaille actuellement – ces axes sont publiés sur les sites des laboratoires, vous les trouverez facilement en ligne.

Contacter des chercheurs et leur parler de votre idée va vous permettre d’avoir un retour très objectif et très clair sur la pertinence du cadrage que vous envisagez. Ils sont les mieux placés pour vous dire ce qu’ils pensent de votre idée et vous indiquer quels ajustements faire à ce stade. Ils savent quels colloques se préparent, quels projets sont en cours, quels collègues seraient à même de vous encadrer, et parfois même quelles pistes suivre pour obtenir des financements.

N’hésitez donc pas à leur écrire une fois votre première version du projet rédigée. En SHS, cet avant-projet sera idéalement complété et/ou ajusté avec le directeur de thèse qui vous encadrera : attention aux directeurs potentiels qui vous laissent vous inscrire en doctorat sur la seule base de l’avant-projet que vous avez rédigé. Dans la majorité des cas, vous l’avez rédigé en ne faisant qu’une recherche préliminaire, rarement suffisante pour démarrer en doctorat sur de bonnes bases.

Cadrer son projet de recherche est un processus qui prend généralement plusieurs mois. Il s’agit d’une étape déterminante, c’est le socle de tout projet de recherche mené sérieusement. Prenez donc le temps de suivre chaque étape, et de répondre à toutes les questions nécessaires à la rédaction du projet de recherche.

Si vous n’avez pas encore toutes les réponses, pas de panique ! C’est tout à fait normal, et les chercheurs experts de votre sujet vous permettront d’avoir un éclairage complémentaire à vos recherches préliminaires. Ne contactez jamais un chercheur sans avoir fait votre état de l’art, et attendez-vous à ce que plusieurs chercheurs contactés vous demandent un avant-projet et/ou vous proposent un rendez-vous téléphonique ou visio durant les jours qui suivent. Soyez prêts !

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