COMMENT J’AI RATÉ MON INSCRIPTION EN DOCTORAT

On peut être docteur et avoir raté son inscription en doctorat. C’est ce qui arrive d’ailleurs à un très grand nombre de doctorants chaque année, et en particulier à ceux qui s’inscrivent sans financement ou qui montent eux-mêmes leurs thèses CIFRE. Ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui s’inscrivent en postulant directement à une offre de financement.

Pourquoi ?

Parce que ces doctorants-là n’ont pas eu à monter leur projet doctoral eux-mêmes. Quand un doctorant s’inscrit en passant par cette voie, c’est l’équipe de recherche qui l’a recruté qui a élaboré le projet de thèse et s’occupe de trouver le financement.

Dans tous les autres cas, l’inscription en doctorat est soit très facile, soit très compliquée : elle peut paraître facile aux doctorants qui gardent le même encadrant qu’en master et s’inscrivent sans financement, et elle peut être très compliquée pour tous les doctorants qui ont un projet mais qui doivent trouver eux-mêmes leur directeur de thèse et leur financement, lorsqu’il est obligatoire.

Mon inscription en doctorat

Pour moi, ce fut facile : mon directeur de mémoire en master était Professeur, j’ai obtenu d’excellents résultats et mon jury de soutenance m’a encouragée à poursuivre en doctorat. Le financement ? Pas nécessaire. Alors, l’idée a fait son chemin et j’ai rapidement décidé de m’inscrire en conservant mon statut de salariée.

M’inscrire de cette manière a été une énorme erreur. Je n’avais aucune idée de ce dans quoi je m’engageais, de ce qu’était réellement le doctorat et de ce qui m’attendait dans les années à venir. Précarité d’abord, puis chômage et descente aux enfers.

Quand je me suis inscrite en doctorat, je pensais que mon statut de doctorante et l’opportunité que j’avais de poursuivre en recherche me permettraient de me faire des contacts et de trouver plus facilement un emploi dans mon domaine – les métiers du patrimoine, l’univers des musées et des galeries d’art. Avec un master de recherche, le doctorat est apparu comme une suite logique, et je pensais pouvoir trouver rapidement un moyen plus porteur que mon job alimentaire pour le financer.

Mais ce ne fut pas le cas, et tous les étudiants qui étaient sortis de masters professionnels dans mon domaine passaient devant moi pour les emplois sur le terrain que je visais.

Pour remonter au-dessus du seuil de pauvreté, j’ai vite compris que la seule option était de terminer le doctorat, mais que cela ne suffirait pas. Il me fallait construire un pont entre le point où j’étais et celui que je visais. Ce pont, c’était une expérience professionnelle d’envergure à construire pierre par pierre pendant les années de thèse.

Or, je n’avais aucun moyen de faire cela : par où commencer ? À qui m’adresser ? Comment valoriser ma recherche ? Qui pourrait en avoir besoin et serait intéressé ?

Ce sont autant de questions que je n’avais pas anticipées jusque-là et qui auraient dû m’être posées dès avant mon inscription en doctorat. J’étais prise au piège.

inscription en doctorat

Comment je m’en suis sortie malgré une inscription en doctorat complètement ratée ?

Je ne vais pas vous mentir, je m’en suis sortie par miracle. La première chance énorme que j’ai eue, c’est que mon voisin de palier était enseignant-chercheur à l’université privée d’à côté. Nous étions amis depuis son arrivée à Lille, quand j’étais en L3, et c’est lui qui m’a suggéré d’enseigner à l’université. C’est lui qui m’a poussée à me lancer, lui qui m’a indiqué comment faire, et finalement lui qui m’a permis d’obtenir mon tout premier cours à l’université.

L’autre chance que j’ai eue dans ce parcours, c’est que l’un des jurés de ma soutenance de master était le directeur d’une revue très cotée dans mon domaine et il m’avait demandé un article scientifique sur mon sujet de mémoire.

Ce double coup de chance cumulé à mes efforts pour prendre part à la vie du laboratoire m’ont permis d’obtenir une première version d’un CV académique assez correct dès la fin de ma deuxième année de thèse. Grâce à ces toutes premières lignes, d’autres sont venues s’ajouter lentement : un premier cours conduit souvent à d’autres cours l’année d’après, et il en va de même pour les premières publications.

Malgré cela, la descente aux enfers a continué. Ce n’était pas suffisant.

Pourquoi ?

Parce qu’une thèse non-financée est une thèse dont la portée scientifique n’est pas démontrée. Cela, je l’ai compris à mes dépends et surtout, je l’ai compris beaucoup trop tard.

À la fin de la deuxième année, j’ai commencé à postuler aux offres de financements qui étaient pertinentes. Ces candidatures m’ont quasiment pris toute l’année suivante, et toutes m’ont été refusées. Le cadrage ne collait pas tout à fait, j’étais sur un sujet de thèse qui était porteur dans mon domaine et qui correspondait à l’actualité de la recherche, mais la problématique sur laquelle je travaillais depuis deux ans m’enfermait désormais.

Ce n’est que deux ans plus tard, après avoir déployé des efforts incommensurables pour continuer d’étoffer mon CV, que j’ai enfin réussi à obtenir un financement et à achever ma thèse en seulement quelques mois.

Ce financement a tout changé : offert par l’université de Yale, toutes les portes de la recherche se sont soudain ouvertes et j’ai multiplié les responsabilités au sein de projets d’envergure, tant à l’université que dans le champ professionnel que je visais depuis des années.

J’ai terminé et soutenu ma thèse dans un état d’épuisement très grave – deux hospitalisations de plusieurs semaines.

Inscription en doctorat : faites-vous accompagner

Si j’avais été accompagnée correctement lors de mon inscription, j’aurais évité le piège qui m’était tendu à l’université. C’était beaucoup trop simple, et j’aurais dû me renseigner.

Je ne suis malheureusement pas la seule, et c’est quotidiennement que les doctorants en situation délicate ou souhaitant justement être accompagnés pour leur inscription en doctorat viennent vers moi en consultation. Et ce que je constate, c’est qu’aucune trajectoire n’est identique. Toutes les inscriptions sont spécifiques, ce qui fait que les doctorants et les futurs doctorants ne trouvent pas d’informations qui soient vraiment adaptées à leur situation.

Comme eux, j’ignorais tout du monde de la recherche quand je me suis inscrite en doctorat. Personne ne nous explique comment fonctionne l’univers de la recherche scientifique, ses règles du jeu.

Je les acquises, c’est vrai, mais à quel prix ? J’en parle souvent ici, cette expérience m’a profondément marquée et a transformé ma vie personnelle comme ma trajectoire professionnelle.

Ces milieux, qui n’avaient pas voulu de moi sans l’estampille de Yale sur ma thèse, ce monde académique auquel j’ai consacré toute mon énergie gratuitement et sans le moindre retour sur investissement, j’ai préféré les quitter et commencer à travailler pour armer tous les jeunes chercheurs qui s’apprêtent à se lancer sans mode d’emploi.

Futurs doctorants, ne faites pas l’erreur de rater votre inscription en doctorat, et renseignez-vous à fond avant de vous lancer sans les bonnes cartes en main !

Et pour toutes celles et ceux qui ne veulent pas juste réussir à s’inscrire en doctorat mais qui veulent réussir leur inscription en doctorat, le programme « Lauréats » arrive très bientôt !

Bon courage à toutes et à tous

Erika

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